Le Blog documentaire vous propose ici une série de documents inédits : le journal de bord d’un webdocumentaire en train de se faire.

Nous allons suivre pendant plusieurs mois Micha Patault et Sarah Irion entre Paris, Bombay et Jaitapur, en Inde. Avec Are Vah !, ces deux jeunes auteurs se lancent dans un projet fort et ambitieux : raconter, ici et là-bas, les contours des plans d’Areva qui entend construire un vaste complexe nucléaire au sud de l’Inde,  sur une zone sismique située en bord de mer.

Micha et Sarah se sont imposés un calendrier de réalisation extrêmement serré, et tout commence par la récolte de fonds. Premier extrait de leurs pérégrinations…

6 février 2012.

C’est la dernière semaine de préparatifs avant notre départ pour Bombay, dimanche matin à l’aube. Nous, c’est Micha Patault, photoreporter, réalisateur d’Atomic City, et moi, Sarah Irion, journaliste radio.

Nous nous apprêtons à tourner Are Vah ! pendant quatre semaines. Le documentaire est né dans l’esprit de Micha, il y a environ un an. Are Vah ! sera un webdocumentaire, mais aussi un reportage photo, et un documentaire radiophonique.

Micha : « J’étais en train de boucler le projet documentaire Atomic City et je cherchais en parallèle une histoire autour du nucléaire, inscrite dans le présent et plus proche de la France.

Le projet d’Areva de construire la centrale de Jaitapur était très peu connu des Français, pourtant il a toujours été très controversé. Je me suis rendu compte que c’était le sujet idéal : il s’agit d’un projet avant tout français qui se joue en Inde, un pays que je connais bien pour y avoir passé plusieurs années; nous sommes face à des décisions politiques et des questions énergétiques actuelles.

Le projet Are Vah ! réunissait les éléments de base qui m’ont permis de me pencher sérieusement sur la question. Je suis donc parti sur le terrain en mars 2011, juste avant la crise nippone. J’ai été informé par les télés indiennes de ce qu’il se passait à Fukushima. Là-bas, mon fixeur militant anti-Jaitapur m’appelle : « Tu as vu ce qu’il se passe au Japon ? C’est notre chance pour faire parler de Jaitapur !… ».

Mon fixeur avait raison, toute l’Inde a parlé du rapprochement entre Fukushima et Jaitapur pendant des mois. Mais en France, on n’en a jamais entendu parler. À aucun moment ce projet à risque n’a fait l’objet d’un débat en France ! Rappelons que ce projet est avant tout français et sollicitera la participation du contribuable français.

L’objectif d’Are Vah ! n’est pas forcément de donner à voir, mais plutôt de donner à comprendre : je constate qu’il nous faut souvent vivre un drame pour révéler un dysfonctionnement. Les conséquences de Fukushima appellent au regret. Are Vah ! propose de soulever les questions opportunes en amont d’une démarche industrielle, et non en aval.

À première vue, le projet de Jaitapur a l’air invraisemblable. Construire une des plus grandes centrales nucléaires au monde sur une zone sismique, en bord de mer, et dans l’ère post-Fukushima… Imaginer six réacteurs EPR reliés les uns aux autres, dont la technologie n’a jamais été prouvée… L’Inde n’a sûrement pas l’expérience des Japonais… et les locaux s’inquiètent de leur avenir, etc. J’ai accumulé dans mes notes trop de questions autour du sujet, et il nous faut maintenant y répondre sans verser dans le militantisme. Ce sujet est très délicat et nous avons besoin aujourd’hui de soulever ces questions et ces constats de manière plus objective. »

Are Vah ! – © Micha Patault (2012)

En décembre dernier, Micha m’a proposé de prendre le son de son webdocumentaire. En plus de ça, il y aura aussi un reportage radio. Nous imaginons une expérience « transmédia », avec des allers-retours entre vidéo et radio, ainsi qu’entre la France et l’Inde. En effet, le documentaire radio se situera principalement en France, afin qu’on puisse entendre les acteurs et auteurs de ce projet à Jaitapur.

Le lundi 16 janvier, nous avons lancé sur KisskissBankbank une collecte, afin de réunir les fonds nécessaires à notre voyage, pour mener à bien l’enquête en Inde. Le système du crowdfunding marche bien, mais nous avons encore besoin de soutiens ! Si nous n’atteignons pas la barre des 6.600 euros, nous n’aurons rien. Faire une collecte est assez stressant. Mais également très fort sur le plan humain. Il ne faut pas décevoir tous ces donateurs !

L’objectif serait de dépasser les 6.600 euros, afin d’être plus libres dans nos déplacements sur place. Nous pouvons avoir des dépenses imprévues, et nous aurons sûrement besoin de louer une moto. Nous partons quatre semaines car il faut prévoir les déplacements en fonction des personnes que nous souhaitons rencontrer. Nous imaginons devoir aller à Chennai, New Delhi, Mumbai, Bhopal, voire jusqu’à la pointe sud de l’Inde.

Are Vah – © Micha Patault (2012)

En plus du crowdfunding, nous recherchons d’autres sources financières. Micha a eu plusieurs rendez-vous au cours des dernières semaines. Boîtes de production, diffuseurs… Nous voudrions partir l’esprit tranquille, avec des gens derrière nous pour nous soutenir.

Dernière semaine en France, donc. Il nous reste à vérifier le matériel. Nous ne pouvons pas emmener trop de choses sur place, car nous devrons être assez discret. Un Canon 5D et un Zoom H4N seront nos outils. Derniers rendez-vous, dernière phase d’écriture des synopsis aussi. Synopsis qui sont bien entendu aléatoires, en fonction des interviews sur place, des gens qui nous répondront et de ceux qui ne voudront pas témoigner. Le sujet est sensible, mais nous allons faire ce que l’on peut.

Comme dirait l’autre, il n’y a plus qu’à ! En espérant que la collecte ne ralentisse pas… et surtout, qu’elle dépasse notre objectif !

Sarah Irion

Les précisions du Blog documentaire

1. Sarah Irion est diplômée du CUEJ d’un master professionnel de journalisme (spécialité radio). Elle travaille alternativement sur des documentaires radiophoniques et des webdocumentaires. Co-auteure du webdocumentaire Yunnan Export, elle collabore également à France Bleu et France Culture.

2Micha Patault est réalisateur, photojournaliste. Membre de la coopérative Picturetank, il a déjà effectué une dizaine de voyages en Inde. En concevant le documentaire photo No More Bhopals, il s’est penché sur la question de la responsabilité des entreprises en cas d’incident majeur.

« Puis, explique t-il, j’ai appris que mon père était victime des essais atomiques de Fangatofa, tandis que ma mère subissait les retombées de Tchernobyl. Je me suis alors passionné pour le dossier nucléaire. Je suis allé au berceau de cette industrie militaire, aux USA, pour mener une enquête, Atomic City, sur les meurs insolites d’une communauté vivant aux dépends du nucléaire ».

Micha Patault a notamment documenté l’iconographie nucléaire dans « La Transition Énergétique« , pour Greenpeace France.

3. Lire également cette enquête de Claire Berthelemy sur OWNI : « Deux E.P.R. Indian Tonic« .

3 Comments

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