C’est une des découvertes que l’on pouvait faire lors du dernier festival Cinéma du Réel : le nouveau film de Juan Manuel Sepulveda, « La Balada del Oppenheimer Park », nous conduit dans un parc de Vancouver, au Canada, à la rencontre de « communautés natives ». Présentation.

reel-2016Mentionné pour le prix du Patrimoine de l’immatériel au festival Cinéma du Réel 2016, La Balada del Oppenheimer Park nous emmène en plein centre-ville, à l’est de Vancouver, dans une des plus grandes concentrations de communautés natives du Canada urbain. Entre documentaire et fiction Juan Manuel Sepulveda nous livre ici un film saisissant dans la droite ligne de La Frontera Infinita et Lecciones para guerra, ses précédents documentaires.

Dans ce nouveau film, le réalisateur suit le quotidien de Harley, Bear, Janet et Dave, Indiens natifs du Canada qui vivent au milieu de ce parc dans une grande précarité, sans logis et désocialisés. Le film est construit comme un huis-clos, la caméra ne sort jamais des limites du parc. Autour : la ville de Vancouver, sa circulation, ses habitants parfois indifférents, parfois hostiles à la présence des natifs. Au centre : le parc, un univers de résistance en marge qui semble complètement hermétique à l’environnement qui l’entoure, et où les natifs se livrent à une consommation effrénée d’alcool et de drogue.

Au moment du tournage, le réalisateur, qui vivait alors à Vancouver, a développé des relations particulières avec les habitants du parc et les a convaincus d’élaborer un film ensemble. Leur condition ? Qu’il ne réalise pas un documentaire sur eux. De cette contrainte est né un film entre documentaire et fiction. Le tournage a pris pour cadre les codes du western, que les natifs se sont réappropriés dans des scènes mêlant culture traditionnelle et références cinématographiques. Juan Manuel Sepulveda filme la réalité qui lui est offerte, mais garde à l’esprit que sa présence, son intervention, et surtout la mise en place d’un tournage fictionnel ont un impact sur la vie des habitants du parc. C’est donc sans interview frontale et sans évocation directe des épreuves vécues par les natifs que l’auteur filme leurs gestes quotidiens.

Le processus de tournage s’est donc élaboré comme un échange entre les natifs et l’auteur. Avant chaque journée de travail, celui-ci apportait une sélection du matériel enregistré la veille qu’il montrait aux habitants du parc. De cet échange nassait une nouvelle impulsion faisant surgir des idées nouvelles. Petit à petit, les acteurs ont mieux cerné et se se sont mieux réappropriés leur propre image : celle d’un peuple de guerrier, qui résiste face à l’envahisseur.

Le premier long métrage de Juan Manuel Sepulveda, La Frontera infinita, déjà présenté au festival Cinéma du Réel, racontait l’histoire de migrants qui traversent le désert pour franchir la frontière mexicano-américaine. La Balada del Oppenheimer Park s’inscrit dans cette continuité à travers les thématiques du déplacement, de l’exil et de la résistance. Pour un cinéma qui libère les identités et met en lumières des luttes et des lieux de résistance.

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One Comment

  1. Super commentaire qui donne envie de voir le documentaire et fait partager la sensibilité du réalisateur.

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