Premier film d’Anne-Dauphine Julliand, « Et les mistrals gagnants » se penche sur le destin de cinq enfants, Ambre, Camille, Charles, Imad et Tugdual, âgés de six à neuf ans, qui « nous font partager leurs jeux, leurs joies, leurs rires, leurs rêves, leur maladie ». Un film en forme d’ode à la vie, sorti ce mercredi 1er février dans les salles françaises. Un film qui fera assurément couler quelques larmes, et qui donne aussi aux adultes une petite leçon d’humilité…

Affiche_ET-LES-MISTRALS-GAGNANTS_120_DATE1Difficile de contenir ses émotions devant ce genre de film. Les médias généralistes ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, invitant la réalisatrice à s’exprimer de France 5 au Figaro et de Télérama à France Inter – rare privilège pour une sortie documentaire en salles… Et si les yeux des spectateurs brillent de sourires et de larmes (voir ici) devant la force, la lucidité et l’insouciance de ces cinq enfants, c’est aussi parce que ceux-ci les renvoient d’abord à eux-mêmes, et peut-être à leurs propres failles…

Il y eut d’abord « Deux petits pas sur le sable mouillé », un livre vendu à 350.000 exemplaires dans lequel l’auteure, réalisatrice de ce film, revenait sur le destin de l’un de ses enfants, malade. « Il faut ajouter de la vie aux jours, lorsqu’on ne peut ajouter de jours à la vie », écrivait-elle alors. « Une épreuve que personne n’a envie de vivre. Moi la première. Et pourtant, à travers son parcours et sa manière de vivre sa vie, j’ai découvert une autre façon de vivre la mienne. J’ai un peu redécouvert mon âme d’enfant et réappris à me soucier seulement de ce qui se passe dans l’instant. Cela m’a beaucoup aidée à traverser ce deuil ».

Des mots, Anne-Dauphine Julliand passe donc ici aux images en filmant d’autres enfants que les siens. Le documentaire, produit par Edouard de Vesinne (aidé par un crowdfunding de plus de 93.000 euros sur KissKissBankBank) et mis en lumière par cinq directeurs de la photographie différents, s’attache à 5 enfants gravement malades en suivant leurs quotidiens, leurs luttes, leurs joies et leurs peines… Le montage, prévenant, tisse le portrait de cinq petites boules d’énergie, contraintes entre la fougue de la jeunesse et le poids de pathologies parfois implacables.

Dans ce documentaire, ce sont les enfants, leurs points de vue qui structurent la représentation, aimantent la caméra, et ce sont leurs mots qui guident les adultes – parents dans le film comme spectateurs dans la salle de cinéma. « Ma peau, c’est comme une aile de papillon, c’est comme du papier crépon » ; « C’est pas grave une tumeur, c’est grave que si on ne peut pas la soigner » ; « Pour moi, c’est pas difficile, mais pour vous, je sais, c’est difficile ». Saisissantes maturités, qui vite s’effacent devant des préoccupations plus enfantines…

On aurait pu craindre qu’une telle proposition cinématographique ne tombe dans les travers qu’elle induit, mais l’auteure évite les écueils qui la guettaient. Absence de commentaire, images qui « respirent », attention méticuleuse portée aux cadres, aux couleurs… Si ce n’est quelques salves de musique tire-larmes et quelques instants troublants où la présence de la caméra semble perturber les protagonistes, force est de constater que ce documentaire  – cinéma direct de facture plutôt classique – s’impose par sa pudeur et sa réserve. Les séquences qui confrontent les enfants au corps médical sont assez exemplaires en la matière, saisies avec beaucoup de douceur, et avec des médecins régulièrement retenus en marge du cadre. On regrettera peut-être simplement la place assignée au spectateur, qui n’a souvent d’autre choix que de s’émouvoir.

Le film ne dit pas tout de ces maladies et du destin de ces enfants – et c’est très bien ainsi, mais il nous délivre l’essentiel en célébrant la joie, l’insouciance, et en sacralisant le temps présent. « Rien n’empêche d’être heureux », entend-on au détour d’une des séquences les plus poignantes – qualificatif pour une fois non galvaudé – du film. Une phrase qui résonne encore longtemps après la projection. Qui résonne aussi aux oreilles des enfants qui sommeillent en nous…

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