Il faut parfois commencer par souligner tout simplement le caractère exceptionnel d’un film. C’est le cas ici avec « Edouard Philippe, mon pote de droite – épisode 3 : Aux manettes ». Jamais, dans l’histoire du documentaire français, un Premier ministre en exercice a été filmé dans l’intimité de son bureau par l’un de ses « potes », en l’occurrence de gauche.

Cette particularité, cette « familiarité » entre l’auteur et son personnage principal était déjà à l’œuvre dans un premier film en 2014 tourné à l’occasion des élections municipales du Havre, et d’un deuxième épisode en 2017 réalisé pendant les primaires de la droite.

Pour ce troisième opus, la donne a encore changé, et c’est un documentaire passionnant à maints égards que nous propose Laurent Cibien. Il sera projeté en avant-première ce dimanche 13 juin au Fipadoc à Biarritz, et diffusé très prochainement sur France Télévisions.

Dans ce nouvel épisode de notre podcast « L’Atelier du Réel », réalisé en partenariat avec la SCAM, Fanny Belvisi revient en détail sur la fabrication de ce film inédit avec Laurent Cibien. Comment filmer, non plus la conquête, mais l’exercice du pouvoir ? Ecoutez plutôt…

Laurent Cibien – © Frédéric Mougenot

« Je n’ai pas eu besoin de convaincre Edouard. C’est un portrait au très long cours, ce serait quand même ballot de s’arrêter à ce moment-là ! Je pense qu’il avait tellement intégré le truc que c’est lui qui a posé la question : ‘comment on continue ?’. Il s’agissait désormais, non plus de filmer la conquête du pouvoir comme je l’avais fait dans les deux épisodes précédents dans le cadre d’élections… Là, on était dans la question des ‘manettes’, la question de l’exercice du pouvoir. Quand je réécoute mes rushs d’il y a dix ans, c’est toujours présent : ce qu’il aime, c’est d’être aux manettes. Là, il y est. Qu’est-ce qu’il va en faire ? Qu’est-ce que c’est que d’être aux manettes ? C’est cette question qui m’intéressait. »

« On a eu une première rencontre à Matignon où il me dit : ‘Moi, je crois que le documentaire ne peut pas filmer cela. C’est sa grande idée : seule la fiction peut réussir à capter ce que c’est que l’exercice du pouvoir. Moi, comme je crois profondément au cinéma documentaire, je me suis dit que j’allais lui prouver que l’on peut, avec des modalités différentes, comprendre, voir, observer l’exercice du pouvoir en documentaire. »

 

« Cette proposition, ce cadre qu’il m’a fixé d’une certaine façon – c’était quand même chez lui à Matignon –, c’était de me dire en gros : ‘Je ne vais pas te dire que, comme quand tu me filmais dans mon bureau de maire, je te laisse t’installer là pour filmer ce que tu veux. Mais on va peut-être partir sur des temps de rencontres, de discussion où tu pourras me poser toutes les questions que tu veux, et puis je te répondrai sur le même ton que d’habitude.’ C’était cela le point de départ : l’idée d’un dispositif construit sur des conversations. »

« Si l’exercice du pouvoir ne pouvait peut-être pas forcément se monter (ce qui peut s’entendre, une décision ce n’est pas quelqu’un qui se lève tout à coup en disant : ‘Eurêka, j’ai trouvé !’, c’est des processus un peu longs, itératifs), peut-être que cela pouvait se raconter. Donc la parole, la mise en place, la mise en scène de cette parole a été le point de départ de ce troisième épisode. »

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