[Mise à jour le 8 août 2016]
Le film est désormais disponible sur Tënk pendant 2 mois…

[Le 9 novembre 2015]
C’est un film noble, dense et hypnotique. Contraint pour l’instant à une diffusion restreinte, car conçu sans le soutien d’un diffuseur ou la promesse d’une sortie en salles, « Don Pauvros de la Manche » mérite pourtant le regard. Partant de la figure du musicien Jean-François Pauvros, Guy Girard dresse le portrait d’un personnage – et d’un monde – atypiques.
Sélectionné au FID Marseille 2015 dans la sélection Cadence, le film fera l’ouverture du Festival de la Côte d’Opale (lundi 9 novembre à Boulogne-sur-Mer et mardi 10 novembre à Berck), puis sera notamment diffusé dans le cadre de la 10ème édition du festival Les Inattendus, où il est sélectionné du 22 au 30 janvier 2016 à Lyon.

Jean-François Pauvros
Jean-François Pauvros

Il y a d’abord cette silhouette qui se dessine en zigzag dans le cadre, et le fracas. Puis la silhouette est assise au milieu de ses guitares pendues, qui oscillent, tandis que le son d’une corde grattée revient doucement en boucle. Cette silhouette étirée, anguleuse et chevelue, c’est celle de Jean-François Pauvros, guitariste et musicien improvisateur, qui depuis les années 70 arpente les scènes du monde entre free jazz et rock expérimental.

Le film de Guy Girard repose sur les épaules de son personnage, le suit à la trace et le reflète : il est tour à tour fiévreux, mutique, burlesque, a la voix grave, ténébreuse mais gouailleuse, et s’engage sur des chemins non balisés. Produit sans le soutien d’un diffuseur, Don Pauvros de la Manche a bénéficié en contrepartie de temps et de liberté, n’a pas été forcé de se plier au formatage d’une case. Cela rapproche également la démarche du film de celle de son personnage : comment, à la marge d’une industrie culturelle, trouver un espace où développer une création exigeante et personnelle, et la partager sans se limiter aux chapelles et aux niches.

Jean-François Pauvros
Jean-François Pauvros

Le spectateur assiste d’abord à la recherche solitaire du musicien, menée depuis sa maison du Pas-de-Calais. Il improvise autour d’un riff de Hendrix, chante sur les arrangements cheaps d’un synthé Casio, ou se poste face à la mer avec sa guitare ou son maillot de bain une pièce. C’est elle, la Manche du titre, frontale, murale, qui est à l’origine de son éveil, sa révélation : à son contact, la musique lui est alors apparue comme une masse bruyante et compacte, d’où s’échappaient par vagues des mélodies. Régulièrement, le film et le musicien y reviennent, y jouent, se confrontent à cet horizon, cette masse mouvante et immuable.

Pauvros semble à l’affût de ces vagues musicales même dans les moments les plus triviaux ; lorsqu’il avale ses œufs au plat, ce n’est pas à l’écoute de France Inter mais en triturant ses guitares électriques, posées sur les coins des meubles de sa cuisine. Mais ce travail de poète et d’ermite est destiné à s’ouvrir à d’autres, à nourrir le jeu en commun, et très vite le film nous emmène à Paris, où nous sommes les spectateurs privilégiés d’élaborations et de performances avec des artistes de disciplines et horizons divers. On rencontre notamment le poète Charles Pennequin, le guitariste américain Arto Lindsay, la claveciniste Marie-Pierre Brébant et le dessinateur Vincent Fortemps.

Ainsi, alors qu’on aurait pu craindre une aridité, due à la singularité de cette musique qui se cherche et à ce personnage énigmatique, Don Pauvros de la Manche est un film généreux, drôle et joyeux, où on joue, mange, boit et parle : de l’authentique recette du welsh, de la naissance des transes, ou du meilleur moment pour se faire électrocuter sur scène. Amis et acolytes d’expérimentations se répondent, échangent, se chambrent, le film vit grâce à ces voix multiples et nous fait rencontrer des artistes aventureux, joueurs et à l’écoute.

La photographie et le son, élégants et épurés, dessinent des contrastes avec lesquels joue le montage : de la fureur au calme, des plages étales aux étroites salles de répétition parisiennes, de la solitude de l’ermite à la conversation et au jeu à plusieurs. Mais comme dans la spirale que cherche le musicien, à partir de boucles qu’il enroule et développe jusqu’à la transe, il n’y a pas rupture ou répétition mais une voie qui dépasse le cercle, qui refuse de tourner en rond. C’est ce qui fait de Don Pauvros de la Manche ce beau film dense et hypnotique.

Virgile Guihard

Don Pauvros de la Manche
Un film de Guy Girard
68 min.

Production : Sahira Films
Image : Laurent Fénart
Son : Laurent Rodriguez
Montage : Lise Beaulieu
Montage son : Béatrice Wick
Mixage : Jean-Marc Schick

Avec
Jean-François Pauvros, Tony Hymas, Xavier Boussiron, Marie-Pierre Brébant, Danièle Hugues, Jean-Marc Rouget, Keiji Haino, Charles Pennequin, Arto Lindsay, Vincent Fortemps.

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