Que serait le festival Lussas sans ses bénévoles et ses amateurs de cinéma ? Nous avions rencontré les premiers il y a quelques années ; nous voici donc partis au-devant des seconds… Spectateurs assidus, motivés, prêts à faire la queue en plein soleil et à regarder plusieurs films par jour, dix d’entre eux nous ont livré leurs coups de cœur pour cette édition 2016 – toutes sélections confondues. Dix regards sur dix films, recueillis par Marie Baget.

Capture d’écran 2016-09-05 à 10.34.35

  • Wrong Elements de Jonathan Littell (2016, 133’, France/Allemagne/Belgique)

« Avec ce documentaire, celui qui a reçu le grand prix du roman de l’Académie française et le prix Goncourt en 2006 pour Les bienveillantes se révèle aussi un cinéaste de grand talent. Son film donne la parole à un groupe d’amis qui se sont rencontrés alors qu’ils étaient adolescents et avaient été enlevés pour être enrôlés de force dans la LRA, un mouvement rebelle en Ouganda. Avec eux, le réalisateur revient avec pudeur sur les lieux et, par la même, sur les souvenirs de cette enfance volée. Il montre aussi combien ces victimes, devenues bourreaux, peinent aujourd’hui à se réintégrer. La photographie est époustouflante et offre, avec certaines images, des poses sublimes au milieu de ces récits douloureux, parfois contés entre deux éclats de rire. »

Hélène

Le film devrait sortir en salles le 17 avril 2017

  • Peau d’âme de Pierre-Oscar Lévy (2016, 100’, France)

« Le film suit une équipe d’archéologues partie sur les traces laissées par le tournage du film de Jacques Demy, Peau d’âne. Leurs fouilles se concentrent sur la forêt qui servit de cadre à la cabane de Peau d’âne, au repaire de la Fée des Lilas et au bassin où Catherine Deneuve redevenue princesse va verser ses larmes. Mais nul besoin de connaître le film pour s’amuser avec Olivier Weller, chargé de recherches au CNRS, et sa troupe d’étudiantes qui, tout en déterrant des morceaux de miroir et autres breloques, poussent la chansonnette. Le film s’attarde aussi sur les racines du conte, tant historiques que symboliques. Le meilleur moment fut pour moi la rencontre avec Myriam Tanant, traductrice du Conte des contes, qui nous livre le récit illuminé de la version italienne, L’Orza (L’Ourse). Enfin, tout le film profite d’une voix-off très bien utilisée qui nous guide avec légèreté dans cette « archéologie du merveilleux ». »

Dimitri

Peau d'âme - © Look at sciences
Peau d’âme – © Look at sciences

Le film sortira en salles en 2017.

  • Pas comme des loups de Vincent Pouplard (2016, 59’, France)

« Ce film est une ode à la liberté, et à l’errance dans le sens positif du terme. Les protagonistes, des frères jumeaux d’une vingtaine d’années qui virevoltent de squat en squat, pourraient passer pour des écorchés vifs, embarqués dans une vie de galères. Mais à aucun moment le réalisateur ne les juge. J’apprécie beaucoup qu’il n’y ait pas de morale, on ne dit pas au spectateur quoi penser. Roman et Sifredy sont libres, et nous aussi. Et parce que le tournage a duré trois ans, on sent une caméra très complice, qui sait aussi se faire oublier. Loin de tous clichés, le réalisateur fait preuve de beaucoup de finesse dans sa manière de filmer et d’être avec ses personnages. 59 minutes comme une invitation à sortir des sentiers battus et rabattus. Et oser se perdre pour mieux se trouver. »

Leslie

Pas comme des loups - © Les films du Balibari
Pas comme des loups – © Les films du Balibari

Ce documentaire produit par Les Films du Balibari pourrait être distribué début 2017.

  • Dernières Nouvelles du cosmos de Julie Bertuccelli (2016, 85’, France)

« Dans ce portrait d’une autiste qui écrit spontanément des Haïkus en réponse à de simples questions, c’est tout le mystère de la vie et du génie qui s’exprime. Comme on dit souvent à Lussas, « c’est un film qui vous regarde », qui laisse une empreinte forte. Et il procure un trouble certain d’apercevoir le génie transcender le handicap. Du cinéma documentaire à la réalisation sobre et efficace où la réalisatrice s’efface tout en étant bien présente. »

Fred

Dernières nouvelles du cosmos - © Pyramide films
Dernières nouvelles du cosmos – © Pyramide films

Le film devrait sortir dans les salles françaises le 9 novembre 2016.

  • Fuocoammare, par-delà Lampedusa de Gianfranco Rosi (2015, 109’, Italie)

« Ce documentaire s’intéresse à l’île tristement célèbre pour les milliers de réfugiés qui y débarquent ou qui se noient près de ses côtes. Mais étonnamment nous ne voyons pas ces images « attendues » tout de suite. Le film tourne autour, s’en approche, en suivant notamment un médecin ; ou s’en éloigne en captant au plus près le parcours d’un jeune garçon, Samuele. Gianfranco Rosi filme l’enfant, ses jeux, ses rapports avec sa famille (famille « trouée » dont le père comme la mère sont absents), ses inquiétudes aussi. Avant d’arriver – au final, elles arriveront bien – aux images de sauvetage, celles qui nous parviennent sont celles de (d’autres ?) vies en suspens, des adultes qui vivent là sur cette île depuis toujours et qui attendent on ne sait quoi, pris dans une terrible mélancolie. »

Caroline

Film à voir en salles dès le 28 septembre 2016.

 

 

 

 

  • Brüder der Nacht de Patric Chiha (2016, 88’, Autriche)

« Pour évoquer ce sujet grave (la prostitution de jeunes hommes d’origine rom à Vienne), le réalisateur a recours à la fiction. Dans des bars des bas-fonds de la capitale autrichienne, éclairés par des lumières tamisées et colorées, évoluent de sublimes éphèbes vêtus de marinières ou de vestes de cuir. Des scènes soigneusement préparées et orchestrées, des plans bien cadrés, une musique larmoyante… Tout semble faux… et pourtant tout paraît vrai. De la nécessité de s’éloigner du réel pour mieux y revenir. »

Leïla

Lauréat de la bourse brouillon d’un rêve de la SCAM, ce documentaire sortira en France le 8 février 2017.

  • As hiper mulheres de Leonardo Sette, Carlos Fausto et Takumã Kuikuro (2009, 80’, Brésil)

« Dans une région du Mato grosso, au soleil couchant, un groupe de femmes s’entraîne aux chants et danses rituels de leur tribu, en vue d’une cérémonie. Leurs corps presque nus avancent en rythme, faisant sauter leurs colliers autour de leurs cous, balançant leurs bras et frappant du pied la terre rouge de leurs ancêtres, comme pour la marquer une nouvelle fois, pour qu’elle se souvienne, elle aussi. Filmés à cette distance que seul l’ethnographe sait trouver, les corps et les chants ont pris plein pouvoir de l’écran et m’ont rendu à l’évidence de leur puissance universelle. Le travail de mémoire entamé par les femmes et les hommes est poursuivi grâce au film-même, et se perpétue ensuite chez le spectateur. Une mémoire contagieuse venue réveiller en moi l’enfance et ses jeux amoureux, le souvenir des baignades et la nudité des corps qui s’ignorent. »

Maya

Ce film a été distribué en 2011, il est également disponible en DVD.

  • Vers la tendresse de Alice Diop (2016, 38’, France)

« Le titre du film a non seulement une force poétique magnifique, mais en plus il raconte parfaitement la trajectoire de la narration. Au début, les mots de ces jeunes de cité sont très violents. C’est cru, bestial. Puis le film progresse crescendo vers la lumière et l’espoir pour se terminer sur une magnifique scène d’amour. J’ai été très touché par la qualité des paroles recueillies et par la manière dont la réalisatrice se positionne. »

Quentin

Ce documentaire produit par Les Films du Worso sera prochainement diffusé sur France 3.

  • Le siège de Rémy Ourdan et Patrick Chauvel (2016, 90’, France)

« Je connaissais mal l’histoire du siège de Sarajevo et de ce magnifique élan de vivre ensemble. Exclusivement composé d’archives et de témoignages de personnes qui ont vécu le siège, ce film m’a complètement captivé. Les personnages choisis ont tous une parole très forte et incarnée, et on sent leur lien avec les réalisateurs. Ils parlent d’une survie physique (ne pas se faire tirer dessus, trouver à manger) mais aussi une d’une survie culturelle, et intellectuelle. Un documentaire à la fois nécessaire et profondément humaniste. »

Sarah

Le Siège – © AGAT FIlms

Le film a été diffusé le 22 mars 2016 sur ARTE, il est disponible en DVD chez AGAT Films.

  • Poétique du cerveau de Nurith Aviv (2015, 66’, Israël/France)

« Le film est un voyage intime qui parcourt les connaissances actuelles sur le cerveau. Sa réussite repose sur un traitement visuel riche – comme le travail sur les plans d’arbres comme métaphores des neurones – et un commentaire, à la première personne, qui nous amène avec précision aux questions scientifiques. Ce dispositif permet une approche scientifique non pas d’en haut, qui amènerait à une présentation encyclopédique, voire scolaire, des approches contemporaines du cerveau, mais qui se construit au gré de questions vécues, nous ouvrant autant de portes à la compréhension de mécanismes précis tels que le bilinguisme, la lecture, les neurones miroirs ou les traces de l’expérience… Un seul bémol : la séquence où la réalisatrice se prête au jeu d’une reproduction en trois dimensions de son cerveau et dont on voit moins bien où cela nous mène. Petite faiblesse qui met en évidence la maîtrise de tout le reste du récit. »

Yoann

Poétique du cerveau - © Les Films d'Ici
Poétique du cerveau – © Les Films d’Ici

Ce film est sorti en salles le 2 décembre 2015. Il est disponible en DVD chez Epicentre Films.

Plus loin

Notre dossier Lussas

– « Vers la tendresse », d’Alice Diop, primé par Le Blog documentaire au festival Silhouette

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