C’est un film passé par les festivals de Locarno, Namur, Montréal, Biarritz ou encore Leipzig, et qui sort ce mercredi 15 janvier dans les salles françaises. « L’Apollon de Gaza », de Nicolas Wadimoff, est un road-movie et une enquête construite autour d’une mystérieuse statue. C’est aussi une autre manière de voir et de considérer cette partie du monde… A voir !

Dans la douceur d’une nuit d’été, le faisceau lumineux d’un cinématographe lance sur un mur de pierre le visage d’une statue antique. Image fragile, vacillante. Fulgurance d’une splendeur dont le spectateur saisit instinctivement son origine divine. D’un autre monde, d’un autre temps…

L’Apollon de Gaza. Les mots s’entrechoquent. Le Dieu de la beauté et des arts, parachuté dans l’enfer de cette mince bande de terre de 365 kilomètres carrés ?

C’est pourtant de la friction de ces deux réalités – en apparence si éloignées – que Nicolas Wadimoff puise la trame narrative de son film. Avec l’art oratoire qui caractérise les grands conteurs, il convie son spectateur à entrer dans l’Histoire. Celle, d’abord, de la découverte d’une statue du dieu grec à la valeur inestimable, fortuitement trouvée dans la mer de Gaza par un simple pêcheur et dont on perd mystérieusement la trace quelques jours plus tard… A partir de ce premier récit, Nicolas Wadimoff lance l’enquête et part à la recherche d’indices, de témoignages qui pourraient éclairer l’affaire : Comment la statue a t-elle été découverte ? Est-elle arrivée à Gaza par la mer ou la terre ? Est-elle authentique ? Pourquoi s’est-elle volatilisée ? Qui la détient ?

 

Avec la précision d’un archéologue, le réalisateur exhume couche après couche les différentes strates de cette histoire qu’une myriade de personnages se propose de lui raconter. Diffraction infinie des regards et des discours, où les versions officielles sont plurielles et se mêlent aux avis personnels. Toutes ont leur part de vérité et leurs zones d’ombre. Mais à mesure que le film progresse, le spectateur a, lui, la nette sensation que la véracité de l’histoire de l’Apollon de Gaza lui échappe. Saura-t-il jamais ce qu’il est advenu ? Le réalisateur l’entraîne dans un jeu de poupées russes, à la recherche de l’ultime figurine, la plus petite, celle qui permettrait – peut-être – de résoudre toute l’affaire.

L’Apollon de Gaza prend les accents d’un thriller policier autant que d’un road movie. A la sinuosité des récits répond celle des déplacements spatiaux : allers-retours entre Jérusalem et Gaza, virées dans le dédale des rues. Chaque nouveau personnage est lui-même introduit par un lent travelling qui nous fait arriver jusqu’à lui. Rarement tranquille, la caméra de Nicolas Wadimoff rejoue les circonvolutions induites par cette quête de la vérité. Un maillage serré entre les mots et les lieux, qui contribue à déstabiliser le spectateur. Vertiges du tourbillon.

Car au final, Nicolas Wadimoff réussit le pari de tenir en haleine son spectateur autour d’un personnage principal fantomatique. Apollon est bien évidemment le grand absent du film, à la fois partout et nulle part. Il y a ceux qui ont eu la chance de le voir de leurs propres yeux, juste avant sa disparition, et il y a ceux qui en ont seulement entendu parler. Tous relèvent son caractère irréel. Trop beau ou trop précieux pour demeurer au milieu de simples mortels. Au milieu de cette prison à ciel ouvert qu’est devenue la bande de Gaza, Apollon est un mirage. Une comète qui n’a pas sa place aujourd’hui, dans le conflit armé qui défigure son territoire.

Aussi, la douce amertume de la mélancolie teinte les images du film. Car Apollon ne s’y était pas trompé en s’échouant sur les rives de Gaza. Cette terre est la sienne. Comme le font entendre différents personnages du film, avant d’être cette région du monde enlisée dans la guerre, Gaza était une cité de lumière et de beauté. Un carrefour des grandes civilisations qui y ont toutes laissé leur trace, à commencer par la Grèce. De ce glorieux passé, Apollon en est le témoin privilégié, mais réduit au silence. A l’image de la population gazaouite.

Pour palier le mutisme de son personnage, Nicolas Wadimoff fait le choix habile et poétique de lui prêter une voix. A certains moments du film, les mots de la divinité s’élèvent sur les images et donnent une profondeur nouvelle à l’intrigue. Une voix immémoriale, prophétique, remet en perspective les témoignages des différentes personnes interviewées. L’histoire politique actuelle de Gaza se voit alors redimensionnée à l’échelle infinie du Temps, diffusant sur le film une lueur épique.

Avec délicatesse, le film de Nicolas Wadimoff fait parler les dieux et entendre la puissance des oracles. Apollon est bien là. Il a même sa Pythie en la personne de l’archéologue dominicain de Jérusalem, Jean-Baptiste Humbert : « Cette culture nouvelle, elle émergera en Palestine. Ce qui se forge dans l’adversité sera solide. », annonce t-il.

Nicolas Wadimoff tire du sort de ce Dieu de l’Antiquité un conte, un mythe dont les tonalités résonnent avec l’Allégorie de la caverne de Platon. Enfermés par l’embargo qui pèse sur cette bande de terre, les gazaouis sont ces hommes aliénés dans l’obscurité du fond de la caverne. Du monde d’en haut, celui où règnent les dieux et la lumière de la vérité, ils n’en perçoivent que les ombres. Mais à la différence des prisonniers dont parle le philosophe grec, les gazaouis savent que ces reflets ne sont pas la réalité. Tout comme cet antiquaire qui fabrique des copies du buste de l’Apollon, ils se contentent aujourd’hui de simulacres de la vérité. Faute de mieux.

Pourtant, aussi éphémère que fut l’apparition de cet Apollon, elle est la preuve que la lumière éclatante du soleil existe. Même fugace, ce rayon de beauté a fait entrapercevoir la sortie de la caverne.

« Ca nous a fait rêver ! », s’écrie l’un des personnages du film, tandis qu’un autre lance au réalisateur : « Vous êtes un romantique, Nicolas ». Et justement, L’Apollon de Gaza a la grâce de ces films qui savent tisser les réalités les plus crues avec la fine étoffe dont est faite nos rêves.

Fanny Belvisi

voir le film ?

Séances en présence du réalisateur :

  • Centre culturel canadien à Paris 8ème le lundi 13 janvier
  • Espace St Michel à Paris 5ème le mardi 14 janvier
  • Cinéma La Turbine à Annecy le vendredi 17 janvier
  • Cinéma le Rex de Châteaurenard le vendredi 24 janvier
  • Cinéma Henri Verneuil à La Valette le samedi 25 janvier
  • Cinéma Marcel Pagnol à Cotignac le dimanche 26 janvier
  • Cinéma l’Escurial à Paris le dimanche 2 février
  • Cinéma Utopia à St Ouen L’aumône le lundi 3 février
  • Cinéma Le Studio à Aubervilliers le mardi 4 février
  • Cinéma Le Mélies à Montreuil Le jeudi 6 février
  • Cinéma au ciné Laon à  Laon le mercredi 18 mars
  • Cinéma Le Majestic à Compiègne le jeudi 19 mars

 

 

 

 

 

 

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *