C’est un dispositif de grande ampleur qui est mobilisé par France Télévisions pour donner une « autre image » des Gaulois. Une BD interactive, un long-métrage et un documentaire sur les secrets de fabrication de ce film d’animation nous plongent au cœur de la vie quotidienne en Gaule, alors que César et Vercingétorix s’apprêtent à s’affronter à Alésia. « Le Dernier Gaulois », c’est ce mardi 28 décembre sur France 2 et dès à présent sur le web.

1/ La BD interactive : extrait du dossier de presse

Préquel du documentaire antenne, la bande-dessinée interactive déployée verticalement nous plonge au cœur de la vie quotidienne en Gaule avant l’invasion des légions de César. 

Porté par l’envie d’offrir un nouveau regard sur notre Histoire, Le Dernier Gaulois a été pensé dès l’origine comme une œuvre transmédia dont la narration se déploie sur différents supports et via différentes écritures. Ainsi, alors que les Gaulois s’apprêtent à livrer leur ultime bataille (documentaire antenne), Apator, le personnage principal du film, plonge dans les souvenirs marquants de sa vie de chef (la bande dessinée sur le web). De son enfance jusqu’à la naissance de son fils Lug, son histoire se découvre en 6 chapitres, et à travers elle se révèle une civilisation sur le point de disparaître. Apator évoque tour à tour la maison dans laquelle il a vécu, l’apprentissage des armes, de la diplomatie et du commerce…

Un espace de création qui interroge l’Histoire

Cette narration transmédia permet de renouveler les moyens de comprendre notre Histoire lointaine et de découvrir des pans méconnus de la civilisation gauloise : la place des femmes, le système électoral et les rites funéraires. Ici les nouvelles technologies n’offrent pas – ou pas seulement – un canal de diffusion de contenus « bonus » mais bien un espace de création à part entière, ouvrant le pas à une réflexion sur le sens de cette mémoire que nous partageons tous.

Une alliance de talents scientifiques et créatifs

Cette bande dessinée interactive d’un nouveau genre est le fruit d’une collaboration inédite entre plusieurs talents : Kevin Keiss, dramaturge et spécialiste d’histoire ancienne, Mutation Narrative pour la scénarisation et Lucy Mazel pour l’illustration. Les auteurs ont pu s’appuyer sur la documentation rigoureuse du film, supervisée par l’historien Jean-Louis Brunaux, tout en donnant libre cours à leurs visions du personnage et de son histoire.

2/ Le docu-fiction : note d’intention de l’auteur

L’histoire des Gaulois aujourd’hui

Depuis toujours, la Gaule fascine. Mystérieuse, elle éveille l’imagination et suscite le fantasme. Au cours de ces trente dernières années, les connaissances scientifiques relatives à la civilisation gauloise ont considérablement évolué. Pourtant, ces récentes découvertes passionnantes restent méconnues du grand public. Pourquoi ?

Du fait de l’inconscient collectif, d’abord. Le Gaulois et son histoire ont fait naître des mythes tenaces, qui se sont imposés dans l’imaginaire européen. Napoléon III, Pétain… Les dirigeants politiques, comme les artistes de bande dessinée et les cinéastes, ont participé à forger cette image stéréotypée.

L’histoire de la Gaule est un territoire relativement vierge pour aller à la rencontre de l’Homme, dans toute sa complexité. Sur fond de lutte interne entre les différents peuples de Gaule, l’histoire de cette civilisation fait écho aux problématiques d’aujourd’hui : conquêtes militaires, économiques et intellectuelles, migration des peuples, échanges croisés des cultures.

Confronter la mythologie gauloise aux récentes découvertes archéologiques et s’affranchir des idées reçues, pour faire découvrir au public cette période-clé de l’histoire européenne : voilà les deux défis que nous proposons de relever avec ce projet de docu-fiction en animation.

Les difficultés de raconter la Gaule

L’approche documentaire de l’histoire de l’Antiquité revêt, en général, une forme relativement figée, pour une raison simple : le cinéaste doit à la fois contourner la rareté des représentations d’époque, tout en se libérant de l’abondance iconographique plus récente, mais anachronique (personnages de bandes dessinées du XXème siècle).

L’animation et la narration subjective sont une tentative de créer une représentation grand public de « nos » ancêtres les Gaulois.

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Les choix narratifs

Les rivalités entre la Gaule et le monde romain constituent l’axe majeur de notre docu-fiction.

La narration est soutenue par Apator, chef de clan éduen et général de Vercingétorix, et se situe à la veille de la bataille d’Alésia. Cette bataille mythique, point d’orgue de la civilisation gauloise, est le pivot historique autour duquel se cristallisent tous les enjeux du film : basculement économique et culturel, avènement de l’Empire romain, évolution des stratégies militaires…

Notre personnage principal, sentant l’imminence de la défaite, nous raconte son parcours durant les dernières années de la Gaule, les alliances, les conflits familiaux, les trahisons et les ralliements des peuples, qui ont conduit à l’ultime bataille d’Alésia.

À travers l’antagonisme entre Vercingétorix et Jules César et à la lumière des avancées historiographiques récentes, nous redécouvrons toute la complexité de la Gaule, une civilisation tiraillée entre ses traditions ancestrales et ses intérêts économiques et commerciaux, qui la lient depuis des décennies à l’Empire romain.

À la puissance dramaturgique de la fiction, nous mêlons des éléments permettant de déchiffrer les enjeux de l’histoire. Une deuxième narration, portée par une voix de la Connaissance, prend le relai de la voix subjective de notre personnage principal, pour fournir une vision documentée de la vie en Gaule durant l’Antiquité.

Cette deuxième narration et le récit d’Apator, qui cherche à transmettre un héritage à son fils, procèdent de la même préoccupation centrale : que reste-t-il de la civilisation gauloise, elle qui n’a laissé aucune trace durable et a alimenté tant de fantasmes ?

Equilibre entre fiction et documentaire

Si le prétexte narratif est fictionnel, le traitement demeure documentaire.

Jean-Louis Brunaux, chercheur au CNRS spécialiste de la protohistoire celtique, est le consultant historique du film. Lors du développement, nous avons affiné ensemble la réalité historique des parties fictionnelles du film. Cet historien de la Gaule partage notre volonté de faire découvrir cette civilisation méconnue au plus grand nombre, comme en témoignent ses nombreux ouvrages (Nos Ancêtres les Gaulois, Voyage en Gaule, Les Gaulois expliqués à ma fille…) qui allient une approche à la fois scientifique et pédagogique. À la fois historien et archéologue, il cherche à livrer une image riche et compréhensible de la Gaule, à travers ces deux disciplines complémentaires.

Pour se démarquer du dispositif classique de l’entretien avec un expert, nous avons élaboré un traitement pour illustrer la narration documentaire à travers une cartographie animée, des paysages contemporains et une mise en scène des vestiges. Les sites filmés représentent la réalité archéologique sur laquelle repose les reconstitutions mises en place dans la fiction. De la même façon, les vestiges préservés dans le musée de Bibracte, par exemple, constituent notre bible d’objets génériques, que nous retrouvons mis en scène et en contexte dans les parties de fiction.

À la fois filmés in situ et reconstitués en animation, les sites et les objets archéologiques sont autant de passerelles entre la fiction et le documentaire, entre les Gaulois et les experts, entre hier et aujourd’hui.

Le choix de l’animation

Par son approche stylisée et sa dimension suggestive, l’animation nous semble être la meilleure solution pour restituer ce passé dont on ne possède que peu de représentations.

L’animation comporte trois avantages vis-à-vis de la reconstitution classique :
– se dégager des contraintes techniques et budgétaires de la reconstitution en costume, en stylisant la forme et en nous donnant une relative liberté en termes de mise en scène ;
– éviter l’écueil de la représentation anachronique ;
– offrir une forme de réalisme contemporain qui contraste avec une vision idéalisée ou stéréotypée du passé.

À partir de photos des sites et des objets archéologiques, cette technique permet de recréer un univers singulier, tout en conférant à la partie fiction toute sa dimension épique. Le rendu détaillé des objets gaulois et de la majesté des décors extérieurs révèle au spectateur toute la richesse de cette période.

Samuel Tilman

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