Et c’est le grand retour de « L’Atelier du Réel », le premier podcast développé par Le Blog documentaire ! Entretiens avec des créateurs, qu’ils soient auteurs, réalisateurs, monteurs, producteurs, diffuseurs… qu’ils travaillent pour le cinéma, la télévision, l’internet, le théâtre… A chaque épisode, trente minutes de conversation pour tenter de saisir quelques choses de leur manière de travailler avec le réel. Deuxième épisode avec Sébastien Lifshitz, réalisateur de « Adolescentes », un très beau film qui sort enfin dans les salles françaises ce 9 septembre 2020. L’entretien est réalisé par Fanny Belvisi.

« L’idée de faire un film sur 5 ans était là dès le début. Essayer le plus possible de raconter ce qu’est ce moment, l’adolescence, et essayer de regarder la transformation d’un individu sur plusieurs années… Ce que je trouve magnifique au cinéma, c’est quand vous avez la possibilité de filmer le temps, le passage du temps et toutes les transformations qu’il provoque. Je trouve que c’est une chose magique, fascinante, à raconter et à observer. La fiction est obligée d’utiliser des artifices pour raconter le passage du temps quand une histoire se passe sur plusieurs années. Là, j’avais le luxe, cette liberté de pouvoir vraiment prendre le temps de les regarder grandir, et de vivre avec elles, car c’est aussi une expérience de vie. Faire ce film, ça a été à la fois vivre avec elle, grandir avec elle, vieillir avec elle, et les regarder se transformer, de l’enfance à l’adolescence et jusqu’à l’âge adulte ».

« Une fois le tournage terminé, je le suis retrouvé avec 500 heures de rushs, il y avait 1.100 séquences. C’était pour moi quelque chose de complètement inédit, je ne me suis jamais retrouvé devant une telle masse de rushs. Organiser le récit nous a pris plus d’un an. On a monté 550 séquences, le premier bout-à-bout faisait 12 heures… Ça a été vraiment éprouvant. Le montage a failli m’engloutir, mais ma monteuse Tina Baz a été exceptionnelle. Elle a une discipline et une patience… Et puis, sans connaître Emma et Anaïs, elle les a aimées dès les premières images qu’on a regardées ensemble. (…) Le plus difficile a été de passer de trois heures à la version actuelle de 2h15. Ce fut un moment de contraction ultime qui a été douloureux. »

« Je me souviens que, pour les premières séquences, j’étais à distance. D’abord parce qu’on ne se connaissait à peine, parce que les filles découvraient la présence de la caméra et que je sentais que je ne pouvais pas m’approcher trop. La caméra était sur pied au début, et je n’osais à peine la bouger de peur que le moindre bruit de l’équipe puisse tout à coup interrompre le moment qui était en train de se vivre. Je me suis ensuite rendu compte, au bout de deux ou trois mois, que je pouvais m’avancer, gagner de la proximité. Je pense que les filles et les familles, petit à petit, nous ont fait confiance. Un lien a commencé à se nouer et a permis que l’on puisse s’approcher, filmer de plus en plus leur intimité. Au bout de deux ans, on a davantage travaillé à l’épaule, on a allongé les focales pour avoir ce sentiment d’être avec elles. »

 

 

 

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