C’est un retour d’expérience sur Le Blog documentaire pour accompagner la projection unique du webdocumentaire « Un été à Alger » ce lundi 17 juin à 19h30 à la SCAM.

Caroline Gillet et Aurélie Charon reviennent ici sur le processus de fabrication du webdoc avant l’expérience collective que nous leur proposons.

alger scamNous ne connaissions rien d’Alger. Pas d’idée, pas d’images. Nous sommes parties pour la première fois en mai 2011. L’idée était, après le printemps arabe, de rencontrer la jeunesse algéroise. Il était étonnant pour nous de voir à quel point en arrivant là-bas eux savaient tout de nous, de la France. De notre côté, pas grand chose. Avant de partir nous n’avions aucune représentation de l’Alger d’aujourd’hui, contemporain, débarrassé des clichés coloniaux ou guerriers. Rien n’est fait pour que notre génération, des deux côtés de la Méditerranée, se rencontre. Rien n’encourage le dialogue, alors que nous avons plus de points communs avec un Algérien qu’avec n’importe quel Européen. On partage une langue, une culture et une histoire, mais on ne se connaît pas. Nous avons rencontré la génération qui veut se défaire de l’histoire pesante de la guerre de libération, qui aimerait parler au présent, et pour l’avenir.

L’Alger que nous avons trouvé est une ville bruyante, vivante, énervée, convulsive. On ne voulait pas s’arrêter là : le Web était la seule façon de contourner la frontière, les problèmes de visas (qui nous ont été refusés pendant un an suite à la série radiophonique). C’était un lien possible entre Alger et ici, mais aussi entre Alger et le reste de l’Algérie : puisqu’il n’existe pas de cinéma, pas de lieux de diffusion pour de potentielles images et informations. On s’est dit qu’on manquait de ces images : Alger est une ville cinématographie et les caméras d’aujourd’hui ne savent pas ce qu’elles ratent. Il fallait faire « voir » la ville, à travers des images nouvelles, faites et penséees par ceux qui y vivent. On ne voulait pas le faire nous, pour éviter tout regard journalistique, touristique ou trop fasciné. Nous, on aurait commencé par la baie d’Alger et par la Casbah. Bon. On voulait Alger souterrain, avoir accès à des lieux et des personnages auxquels on n’a pas accès de façon évidente. Découvrir la ville par l’intime, par ses habitants, par des visages et une prise de parole à la première personne.

uneteaalger UneNous avons donc choisi 4 réalisateurs algériens, ceux qui nous ont séduites à travers leurs premiers court-métrages. Tourner en Algérie est un parcours du combattant : les autorisations, l’organisation, tout prend du temps. Tout a pris un an. Nous y sommes allées trois fois en amont du webdoc, et il était indispensable d’avoir une coproduction en Algérie pour s’occuper au jour le jour de tous les obstacles matériels et administratifs. Beaucoup de films de fiction aujourd’hui se passant en Algérie se tournent plutôt au Maroc car c’est plus simple. Le défi était bien de tourner à Alger. D’aller coller la caméra dans la rue. La seule déception est peut être celle de la diffusion en Algérie : le débit étant trop bas, il était difficile de pouvoir voir les épisodes en bonne qualité partout, beaucoup d’Algériens avaient du mal à accéder au site.

L’expérience de la salle est singulière, nous portons les images des auteurs qui ne seront pas là, les 4 réalisateurs algériens, mais le dialogue continue à travers cette forme, d’échange entre nous et leurs images. Près d’un an après la sortie de « Un été à Alger », nous continuons les rencontres, les débats autour du webdocumentaire et du film 52 minutes que nous avons réalisé sur l’expérience. C’est toujours fort : parler d’Algérie et d’Alger en France va droit dans l’affect, les souvenirs et les émotions ne sont jamais anodines, parfois douloureuses, et nous sommes heureuses d’avoir accompagné la naissance de ces images, qui sont les leurs, à Lamine, Hassen, Amina et Yanis, qui sont comme une réponse à notre manque, à nos questions. Qui sont une énergie nouvelle et qui disent : ça existe en Algérie, c’est possible, on créé, on pense, on réfléchit, on lit, on vit. Oui.

Caroline Gillet
Aurélie Charon

Plus loin

– Webdocu Actu: « Un été à Alger » (Aurélie Charon, Caroline Gillet)

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