C’est ce qui s’appelle de l’opiniâtreté : Sandra Blondel et Pascal Hennequin portent depuis près de deux ans un film autour de l’élan issu du mouvement « Alternatiba ». Née au pays basque, l’initiative citoyenne pour alerter sur les urgences climatiques lance en 2015 un tour de France avec en point de mire la COP21 organisée à Paris il y a un an. Dans « Irrintzina, le cri de la génération climat », la caméra se revendique peu à peu comme actrice et militante du mouvement qu’elle filme. Avec, chevillée au corps, une urgence de raconter qui s’accommode mal des longues échéances des commissions d’aide. Au sein de leur structure marseillaise, Fokus 21, Sandra et Pascal ont donc décidé de financer leur film via un crowdfunding auquel vous pouvez contribuer ici jusqu’au 1er décembre. Interview réalisée avec le duo de réalisateurs/producteurs… depuis une voiture, dans laquelle les deux infatigables passent le plus clair de leur temps pour aller de rencontres en soirées de soutien, partout en France…

climatQui parle encore des enjeux de la COP21, alors que la COP22 à Marrakech vient de se terminer dans une relative indifférence et qu’un nouveau président élu aux Etats-Unis déclarait il y a peu vouloir faire table rase des accords de Paris ? Sans l’appui des institutions, Sandra Blondel et Pascal Hennequin se sont lancés dans leur tour de France à eux pour boucler le financement participatif de leur film. L’urgence à témoigner et l’envie de s’inspirer de Merci Patron ! ou de Demain comme mode de dissémination d’un film à enjeu sociétal et politique font de ce projet un modèle de ténacité… et peut-être une pierre importante dans la prise de conscience de la nécessaire justice climatique.

Le Blog documentaire : Comment est né le projet de film ? S’agissait-il d’aller au-delà de la Cop 21 en tant qu’événement et montrer que le mouvement Alternatiba voulait s’inscrire dans la durée ?

Sandra Blondel : Notre structure, Fokus 21 fait partie de la Fédération Nationale de l’audiovisuel participatif. Chaque année, des séminaires sont organisés au sein de ce réseau. En 2014, c’est la télévision locale basque kanaldude qui en avait la charge. Elle avait invité Bizi ! (qui signifie « Vivre ! » en basque), une association qui lançait à ce moment-là le principe des « Alternatiba ». Au départ, nous pensions que c’était un éco-festival, mais nous ne nous étions pas rendu compte de sa réelle portée. Quand Pascal revient du séminaire, il est très impressionné par sa rencontre avec le groupe. Par ailleurs, Pascal parlait déjà de faire un tour de France en vélo avec une idée de télévision itinérante qui finalement ne s’est pas réalisée. Puis, nous qui, à Fokus 21, sommes axés sur le documentaire, nous nous sommes dit qu’il y avait là de quoi faire un vrai film, avec les méthodes de lutte promues par « Alternatiba » et l’émergence de l’urgence climatique comme thème politique. Nous avons alors écrit un projet en novembre 2014. En janvier 2015, nous avons rencontré toute l’équipe d’« Alternatiba Bayonne » [notamment Txetx Etcheverry qui deviendra l’un des personnages du film], qui dispensait une formation à des militants pour les aider à organiser des « villages Alternatiba ».

Des institutions comme le CNC ou les aides audiovisuelles en région vous ont-elles suivi dans votre projet ? 

Du fait du sujet, le film a été réalisé et produit dans l’urgence. Faire des demandes de financement nécessite d’avoir des mois devant soi. Début 2015, nous contactons une boîte de production parisienne qui était intéressée mais qui n’avait pas les moyens de nous aider. Arrivés en avril 2015, l’« Alternatiba Tour », commençant en juin, ne nous laissait pas le loisir d’attendre des réponses ! Il nous a donc fallu changer de logiciel et nous avons fait appel à tous les copains des télévisions participatives, aux amis du projet Sideways pour nous aider. Nous n’étions que deux, mais ils sont tous venus nous aider en filmant avec nous dans les différentes villes traversées par le Tour. Ce qui fait qu’au fur et à mesure, nous entrons de plus en plus dans l’action. On sent cette progression dans le film : au départ, la caméra est très loin des protagonistes puis petit à petit, elle devient activiste. Dans les dernières séquences, la caméra exerce même une forme de rempart face à la police pour les manifestants.

Vous avez organisé un nombre impressionnant de soirées, de rencontres partout en France… J’imagine que vous n’arrêterez pas le combat après le film ? Avez-vous d’autres idées pour lutter, à l’heure où des populistes entendent remettre en cause l’accord sur le climat ?

Ce film parle d’une lutte globale, mais nous portons aussi un projet sur une lutte locale et sur les alternatives possibles à Marseille avec un webdoc, 23h57. L’intérêt d' »Alternatiba » est que le mouvement se décline du local au global, de la résistance aux alternatives. Les deux projets, film et webdoc, sont en quelque sorte les deux faces d’une même pièce. Le webdoc alerte sur l’urgence de manière plus locale, en mettant l’accent sur des actions très concrètes, alors que le long-métrage décrit le combat d’une génération, celle qui doit penser l’urgence climatique.

Alors oui, nous faisons beaucoup de rencontres. C’est très épuisant, c’est sûr ! Mais pour atteindre le troisième cercle [NDLR : dans le principe du financement participatif, on distingue trois cercles : les intimes et les proches, les soutiens à une cause commune et enfin le grand public], il faut passer par le deuxième cercle… C’est un travail important que d’aller tisser ce maillage-là. Dans une autre veine, le film Demain est porté par les Colibris ou Merci Patron ! a aussi fonctionné sur des vagues de soutiens. Pour ce type de films, on doit partir d’un mouvement de fond. Les délais avec le CNC sont trop longs pour réagir par rapport à l’urgence de notre message. Nous avons 10 ans pour défendre le climat et on ne peut pas attendre 2 ans pour avoir une réponse !  En toute modestie bien sûr, Irrintzina, en racontant la lutte pour la justice climatique, montre que les deux combats portés par Demain et Merci Patron ! sont liés : la justice sociale d’un côté, et les initiatives citoyennes de l’autre.

-> Le financement participatif du film est ici jusqu’au 1er décembre.

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