Ils étaient déjà au cœur du livre numérique sur la « french touch » de la webcréation, au centre de cet article sur les productions interactives… 30 producteurs indépendants se regroupent au sein d’une association, PXN, pour valoriser et renforcer les créations numériques. Voici leur communiqué, suivi de l’explication de texte…

logo-pxnParis, 5 mai 2015

30 producteurs indépendants engagés sur le terrain de la production nouveaux médias se regroupent au sein de l’association “PXN, Producteurs d’Expériences Numériques” pour œuvrer à la mutation numérique des industries culturelles et créatives françaises.

PXN entend :

− Participer à l’évaluation des stratégies du développement numérique des diffuseurs audiovisuels et radiophoniques du service public,
− Encourager les pouvoirs publics à redéfinir sensiblement les moyens accordés à la création numérique,
− Apporter sa contribution à la redéfinition des systèmes d’aides à la création numérique existants au sein du Centre National de la Cinématographie et des fonds de soutien régionaux, ainsi que ceux définis au niveau européen,
− Appuyer le travail accompli par les syndicats de la production audiovisuelle sur le terrain du numérique,
− Accompagner la formation et le maintien sur le territoire français des talents de ce secteur (auteurs, graphistes, webdesigners, développeurs, concepteurs, etc.),
− Défendre le statut d’œuvres patrimoniales des créations numériques et protéger les droits de leurs auteurs,
− Renforcer la visibilité de l’excellence française à l’international.

A l’heure où le monde entier a le regard rivé sur les nouveaux écrans, l’industrie audiovisuelle française n’a pas suffisamment engagé sa transition numérique.

La télévision n’est plus le seul médium fédérateur, l’accès à l’information et à la culture se fait aujourd’hui massivement au travers de nouveaux canaux de diffusion, web et mobiles. Tous les professionnels s’en inquiètent : l’âge moyen du spectateur de télévision s’accroît inexorablement, laissant le fossé se creuser entre les générations. Or l’accès pour tous à l’information et à la culture est l’une des bases du lien social, et nous ne saurions délaisser ces nouveaux espaces d’expression sans fragiliser la citoyenneté.

Les enjeux auxquels nous faisons face aujourd’hui sont loin d’être cantonnés à la France. Le panorama s’est totalement mondialisé, comme le montrent le poids d’acteurs tels que Youtube, les modèles de développement de groupes tels que Canal+ et Orange, ainsi que l’arrivée en France de Netflix et d’Amazon. Il est indispensable de permettre à notre culture de s’adapter à l’époque en repensant ses formes d’expression et ses moyens de diffusion.
La cohabitation du numérique et de la culture ne se résume pas aux questions technologiques ou à la simple distribution des œuvres et des contenus. Il s’agit d’innover sur le fond comme sur la forme.

Sans une politique culturelle ambitieuse en matière numérique, la France abîme non seulement le lien entre les différentes classes sociales et entre les générations, mais aussi son rayonnement international et sa place dans le XXIème siècle. Nous ne pouvons laisser l’offre de vidéo en ligne ou de contenus mobiles aux seules grandes marques et aux géants du web. Nous ne pouvons laisser les réseaux sociaux bâtir un monopole de la diffusion de l’information, du savoir et du divertissement. Il est urgent que le Service Public Audiovisuel soit repensé à l’aune de ces nouveaux modes de consommation.

Si les groupes audiovisuels publics et privés ont inscrit cette évolution numérique dans leurs objectifs, force est de constater que leurs concrétisations restent marginales au regard de l’ensemble de leur offre et de leurs moyens. Il est indispensable qu’un nouvel équilibre soit trouvé pour que nous puissions proposer aux utilisateurs de ces supports des contenus riches, de qualité, aux lignes éditoriales appropriées.

Ces défis sont plus prégnants encore pour les diffuseurs publics, dont le rôle citoyen doit participer à la cohésion sociale et s’adresser à tous. Pour les relever, nous appelons de nos vœux la création d’un Service Public du Numérique doté de moyens significatifs, articulant les enjeux de l’exception culturelle, de l’innovation technologique et du financement de la création, dans la perspective de la reconstruction d’un lien social durable et d’un rayonnement international puissant. L’audiovisuel public doit impérativement dépasser le cadre de la télévision. Nous avons accueilli avec intérêt la feuille de route du Gouvernement sur l’avenir de France Télévisions publiée le 4 mars dernier, et lu avec attention le projet stratégique présenté par Delphine Ernotte Cunci, nouvelle présidente de France Télévisions, adressé au CSA le 24 mars.

Nous avons pris note de l’ambition de rajeunissement des audiences et des premières orientations retenues en matière de transition numérique. Notre attention s’est notamment portée sur l’ambition salutaire d’innover, et de ne pas circonscrire ces innovations à une seule chaîne. Nous attendons beaucoup de la concrétisation de ces ambitions.

Nous, producteurs indépendants engagés sur les nouveaux médias, nous sommes réunis au sein de “PXN, Producteurs d’Expériences Numériques”. Les producteurs que nous représentons explorent tous les genres, toutes les formes et toutes les plateformes : la fiction, le documentaire de création, l’animation, le spectacle vivant, le jeu vidéo, les applications mobiles, la réalité virtuelle, les dispositifs participatifs sur le web… et même la télévision.
La vocation de l’association PXN est de veiller activement, et par tout moyen, à la mutation numérique des industries culturelles et créatives.

La France a été pionnière en matière de création sur les nouveaux médias. Depuis 2007, des initiatives ont été mises en place au CNC, à France Télévisions, chez ARTE ou Radio France, favorisant les conditions de renouvellement de l’industrie audiovisuelle.

Aujourd’hui, ces investissements doivent être démultipliés. Vive la création numérique !

Photo de classe.
Photo de classe – © Jean-Fabien/Small Bang

Signataires par ordre alphabétique :
A_Bahn (Marion Guth, Nicolas Blies, Stéphane Hueber-Blies), Agat Films / ExNihilo (Arnaud Colinart), Bachibouzouk (Laurent Duret), Camera Lucida (Chloé Jarry), Camera Talk Productions (François Le Gall), Cellules (Samuel Rousselier, Emmanuel Dumont), Cinétévé (David Bigiaoui), Darjeeling (Marc Lustigman, Noam Roubah), Fablabchannel (Claire Leproust), Happy Fannie (Sandrine Girbal), Honkytonk Films (Arnaud Dressen), I Can Fly (Aymeric Castaing), Kids Up Hill (Eléonore Lamothe, Julien Calvet, Mathieu Détaint), La Générale de Production (Alexandre Hallier, Jérémy Pouilloux), La Maison du Directeur (Jeanne Thibord, Sidonie Garnier), Les Films du Tambour de Soie (Alexandre Cornu), Narratio Films (Malik Menai), Narrative (Cécile Cros, Laurence Bagot), Once Upon (Méline Engerbeau), Pages & Images (Luc Reder, Youssef Charifi), Progress in Work (Igal Kohen), Red Corner (Dominique Barneaud, Marie Blondiaux), Résistance Films (Sara Brucker), Small Bang (Pierre Cattan), The Rabbithole (Arnaud Hacquin), Upian (Alexandre Brachet, Margaux Missika).

*

Place maintenant à l’explication de texte, avec ces quelques questions auxquelles ont répondu pour nous les membres du bureau de l’assocation, Margaux Missika (Upian), Arnaud Colinard (Agat Films / ExNihilo) et Jérémy Pouilloux (La Générale de Production).

Le Blog documentaire : C’est quoi exactement les PXN ? Un syndicat ? Un lobby ? Dites-nous franchement…

PXN : C’est une association qui regroupe les producteurs indépendant qui se sont engagés sur la production pour les nouveaux médias.

Les œuvres concernées peuvent aussi bien être linéaires en ligne comme les webséries, le magazine et le documentaire, qu’interactives, en lien ou non avec une diffusion antenne. Elles englobent les webdocumentaires, les applications ou encore les jeux vidéo ou les expériences IRL (« in real life »).

Nous souhaitons nous positionner comme une ressource pour les différents acteurs du secteur sur la question du numérique et défendre le développement de cette industrie. Aujourd’hui la situation économique des projets, mais surtout des auteurs et des producteurs engagés sur ce secteur est toujours précaire, et les moyens financiers disponibles insuffisants.

Pourtant, la place du numérique et de la consommation de la culture par le numérique n’a jamais été aussi importante, aussi bien en termes d’usage qu’en termes de croissance économique.

PXN n’est pas un syndicat, PXN s’apparenterait plutôt à un « think and do tank ». Les acteurs du secteur se sont réunis pour essayer de réfléchir ensemble aux directions à prendre et pour parler d’une seule voix.

Vous vous sentiez aussi peu considérés et aussi mal représentés pour ressentir le besoin d’une telle structure ?

Il nous semblait important de nous rassembler, au delà des implications syndicales respectives. Les syndicats font un travail fondamental de documentation, de veille et de négociation que PXN n’entend en aucune manière supplanter. Nous sommes chacun les uns et les autres investis dans des syndicats différents. Mais il nous a semblé nécessaire de pouvoir porter une parole publique, trans-syndicale et radicale. Cela nous semblait aussi l’évolution naturelle d’un secteur en phase de structuration.

Quels sont vos objectifs, très concrètement ?

Très concrètement, il s’agit d’inscrire la production « Nouveaux médias » dans un environnement à la hauteur de l’importance du numérique dans notre société. Cela veut dire plus de moyens pour la production, et donc une augmentation significative du budget des diffuseurs pour le financement de ce pan de la création ; une révision du système de soutien du CNC ; et une meilleure prise en compte de ces activités spécifiques d’un point de vue fiscal. Cela veut dire également peser sur les décisions au niveau européen.

Notre but est également de participer à structurer ce marché, et notamment en accompagnant la définition de vraies stratégies de diffusion et de distribution des œuvres interactives, en mettant par exemple en place des groupes de travail paritaires spécifiques, producteurs-diffuseurs. Il nous semble par ailleurs essentiel de créer une industrie suffisamment structurée pour permettre aux talents de ce secteur de rester sur le territoire français. Les écoles forment en France d’excellents profils, mais il est indispensable de leur offrir des débouchés à la sortie de leur formation. Cela implique de leur donner accès à des projets suffisamment nombreux et bien financés pour les inciter à mettre leur expertise au service de cette industrie.

Voir le livre numérique sur la "French touch" de la webcréation.
Voir le livre numérique sur la « French touch » de la webcréation.

Vous écrivez vouloir « participer à l’évaluation des stratégies du développement numérique des diffuseurs ». C’est plutôt incisif… C’est un nouveau rapport de force que vous cherchez avec PXN ?

Oui et non. Il ne s’agit pas d’instaurer un rapport de force en tant que tel dans la mesure où la diffusion de ce types de projets ne peut se faire dans de bonnes conditions sans un partenariat rapproché entre les diffuseurs et les producteurs. Mais nous souhaitons partager une expertise et la mettre au service d’une meilleure qualité collective dans la mise en place de ces projets.

Certains d’entres nous travaillent depuis plus de 20 ans sur le secteur du numérique, et depuis 10 ans avec les diffuseurs publics. Nous avons vu naître les différents pôle web des diffuseurs publics ; nous avons vu les équipes se structurer, se former, et se renouveler. Nous avons les uns et les autres participé à la formation continue des équipes éditoriales des diffuseurs.

Nous sommes à une étape charnière, où il est nécessaire de définir une politique publique du numérique, structurée, ambitieuse et cohérente.
Il ne s’agit donc pas d’être comptable ou juge d’une stratégie, mais de prolonger ce travail de partenariat initié projet par projet en proposant aux diffuseurs d’apporter notre expertise au moment de la définition des stratégies en amont.

Même chose avec le CNC, où vous entendez « apporter [votre] contribution à la redéfinition des systèmes d’aides à la création numérique existants »… Vous jugez que les différents dispositifs du CNC en faveur des nouveaux médias sont déjà caducs ? Le cas échéant, comment imaginez-vous qu’ils puissent devenir plus pertinents ? 

Aujourd’hui les dispositifs d’aides pour les nouveaux médias du CNC sont issus de mécanismes d’aide préexistants à l’origine pour d’autres supports. Il s’agissait à l’époque, en 2007 puis 2011 qui sont les deux moments charnières de mise en place des dispositifs , d’initier le développement de ce type de projets, donc de permettre aux auteurs et aux producteurs de prendre ces risques, puis en 2011 d’adapter les règles du COSIP automatique au web. Un certain nombre de freins existent aujourd’hui alors qu’on aborde une nouvelle étape dans le développement de ces projets. Nous sommes favorables à une réflexion très ouverte sur ces dispositifs pour les penser de manière spécifique, et incitative. Tous les critères sont à étudier à nouveau : seuils, calcul du généré, plafonds d’intervention, primes technologiques, etc. Encore une fois, il ne s’agit pas de se substituer au CNC, mais d’apporter une expérience de terrain dans le cadre d’une réflexion qui est déjà en cours, que ce soit au sein du CNC ou au sein des syndicats respectifs.

Vous réclamez un « nouvel équilibre » aux diffuseurs pour repenser un « Service Public du Numérique doté de moyens significatifs ». Mais les chaînes de télévision auxquelles vous vous adressez sont-elles finalement les interlocuteurs adéquats ? Leur mission première consiste d’abord à nourrir leurs antennes… 

Notre avis sur la question est assez net. La mission d’un diffuseur public « était » de nourrir ses antennes. Aujourd’hui, sa mission est plutôt de créer des contenus susceptibles de toucher tous les publics, sur toutes les plateformes, en proposant des contenus créatifs reposant sur la spécificité de chacune des plateformes de diffusion ; que ce soit à l’antenne, sur le web, sur le mobile ou autre, capables de marquer ces publics et de renforcer l’identité même du service public. Il faut veiller à rajeunir les publics des antennes comme Delphine Ernotte Cunci l’a mentionné dans son plan stratégique pour France Télévisions, mais il faut impérativement s’adapter à des usages qui ont évolué (formats, interactivité, jeu, innovation…), et investir massivement pour concrétiser cette réconciliation avec tous les publics.

S’agissant précisément de la diffusion des programmes que vous produisez, ne manque t-il pas aujourd’hui d’autres « carrefours d’audiences » sur lesquels vous appuyer ?

Le web est un media qui change fondamentalement la manière de consommer les contenus. La télévision est un media de masse, là où Internet aborde l’audience par le biais de niches. La définition même de carrefour d’audience y est transformée. Il est normal et indispensable que de nouveaux acteurs émergent dans cet environnement. Et nous espérons que le dialogue se fera également avec eux. Mais renforcer les initiatives des diffuseurs publics et les partenariats qu’ils mettent en place avec ces nouveaux acteurs nous semblent décisifs.

Les PXN ont aujourd’hui un compte Twitter, mais au-delà des réseaux sociaux, où pourrons-nous vous retrouver dans les prochains mois ?

Sur pxn.fr, et sur les réseaux sociaux, Twitter et Facebook.

Propos recueillis par Cédric Mal

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