Un petit tour à Lussas, c’est devenu une tradition pour amorcer la « rentrée » de septembre… Et pour bien démarrer, nous vous offrons pendant un mois les frais d’envoi pour tout achat de notre livre « Les nouveaux territoires de la création documentaire ». Bon de commande ici ; bouton Paypal ci-dessous…




Cette année, les états généraux du film documentaire fêtaient leurs 30 ans. Et l’édition a rencontré un vif succès à en croire l’arrêt de la vente de tickets en plein milieu de semaine en raison de la de trop forte affluence… Pour célébrer l’anniversaire, les organisateurs avaient en outre concocté une surprise, un vrai « Bal Trad », en plein air, le dernier soir à la suite de la projection du film de Laetitia Carton « Le Grand Bal ». Parquet en bois, musique live, lampions et buvette : tout était réuni pour motiver les spectateurs engourdis par le froid et la fatigue accumulée de la semaine.

Comme toujours, impossible de tout voir tant l’offre est vaste, entre la « Route du Doc » sur la Yougoslavie, la sélection « Expériences du regard » ou encore les programmations SCAM et SACEM… Voici donc une sélection subjective de documentaires qui sont ou seront visibles prochainement.

De chaque instant de Nicolas Philibert

Avant la sortie nationale de son nouveau long-métrage le 29 août et une tournée de tous les grands médias, Nicolas Philibert a pris le temps de s’arrêter à Lussas.

Cinq ans après La Maison de la Radio, le cinéaste nous propose une immersion dans une formation en soins infirmiers. Des cours théoriques aux exercices pratiques jusqu’aux stages de terrain : trois années sont nécessaires aux étudiants pour obtenir le diplôme.

Prendre la tension, piquer en intramusculaire, poser une sonde, retirer un plâtre, lever un patient hémiplégique… Les futurs infirmiers apprennent à exécuter d’innombrables gestes techniques. Mais ils doivent aussi et surtout apprendre la déontologie, et ce qui fera l’essence de leur métier : l’écoute du patient.

Confrontés très jeunes à des corps fatigués, à la souffrance physique et psychique, à la fin de vie, à la mort, ces étudiants ont choisi une profession à la fois difficile et ingrate car peu valorisée. Fragilisés par les contraintes économiques, le poids du management, les soignants doivent travailler de plus en plus vite dans ces hôpitaux-usines soumis à la pression du rendement.

Mais Nicolas Philibert parvient aussi à mettre en lumière toute la beauté de ce métier. Il filme les visages attentifs, les regards complices, les gestes doux et appliqués. Son film est simple, sans fioriture, la mise en scène minimaliste exempte d’effets de manche.

*Sortie en salles le 29 août 2018
*9 de ses films sortent en version restaurée le 5 septembre 2018

Cassandro, the Exotico ! de Marie Losier

Justaucorps rose à paillettes, faux cils, brushing laqué, fard à paupière : Cassandro est un catcheur hors du commun. En 26 ans de carrière, son corps a été malmené, broyé, ravagé. Pourtant, il lui est impossible de quitter le ring. La lucha libre (le catch mexicain), c’est sa vie, sa planche de salut, son oxygène.

Au fil de ce portrait sensible, on découvre une personnalité contrastée, à la fois sombre et éclatante. D’un côté, l’hyper-brutalité des combats ; de l’autre, le soin et l’attention apportés à ses tenues colorées, à son maquillage, à ses accessoires. D’un côté, la flamboyance de son allure en public ; et de l’autre, la souffrance du corps et de l’âme en coulisse. Avec une infinie douceur, la réalisatrice Marie Losier capte des moments d’intimité, de préparation avant de monter sur le ring, de doute.

Dans la lignée de son précédent film The ballad of Genesis and Lady Jaye où elle avait suivi l’artiste Genesis et sa femme dans leur projet transformiste, Marie Losier questionne le genre, les marges, et elle s’attache encore à dévoiler comment les failles peuvent être transformées en art, en performance.

Tourné en 16mm, l’esthétique du film ressemble à celle d’un vieux film de vacances des années 50, à la fois pimpante, joyeuse et un brin nostalgique. Car le parcours de cet homme cabossé mais combatif sur le ring comme dans la vie, c’est un chemin semé d’embûches pour être en accord avec lui même, pour s’accepter, se faire accepter, et s’aimer malgré tant de blessures indélébiles.

*Sortie en salles le 5 décembre 2018

Quelle Folie de Diego Governatori

C’est un flot de parole qui nous embarque. Aurélien, atteint du syndrome autistique d’Asperger, dialogue avec Diego, le réalisateur. Ses paroles sont saccadées puis ininterrompues. Il cherche le mot juste, la métaphore adéquate pour tenter d’éclairer le spectateur sur le monde de l’autisme.

Tout en déambulant dans un paysage de nature intriguant, il parle, s’arrête, tente de préciser sa pensée. Certaines phrases sont si percutantes, lumineuses, qu’il faut parfois un moment pour les intégrer. Puis le décor devient urbain avec des klaxons et des bruits de moteurs. Aurélien nomme ces pollutions sonores difficiles à supporter. Mais il continue tout de même d’avancer, comme un défi pour lui d’affronter cette foule.

Nous sommes à Pampelune pendant les fêtes traditionnelles. Les gens qu’il croise sont vêtus en rouge et blanc et de plus en plus alcoolisés. Aurélien continue de marcher et de parler. Il nous bouscule, nous interpelle, nous dérange au bon endroit. Car il n’est pas seulement question d’autisme. Mais de différence. Jusqu’à quel point on accepte, on supporte ce qui déborde du cadre ?

En filmant les fêtes de Pampelune avec ses courses de taureaux et ses beuveries géantes, en miroir aux propos d’Aurélien, le réalisateur nous accule avec grâce à ces questionnements : Où est la folie ? Où est la violence ?

Par les mots d’Aurélien et par les choix de la mise en scène, Quelle folie emporte, questionne, bouleverse, avec subtilité mais avec insistance aussi. Comme un cri dont l’écho ne nous lâche pas.

*Lauréat de la bourse Brouillon d’un rêve
*Projection au Festival Doc Lisboa, octobre 2018

Quelle folie – © Diego Governatori

Mais aussi

Kinshasa Makambo de Dieudo Hamadi
Bientôt sur ARTE

Libre de Michel Toesca
Sortie en salles le 26 septembre 2018

Le Grand Bal de Laetitia Carton
Sortie en salles le 31 octobre

Game Girls de Alina Skrzewska
Sortie en salles en novembre 2018

Amal de Mohamed Siam
Sortie en salles le 6 mars 2019

L’esprit des lieux de Stéphane Manchematin et Serge Steyer

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *