Et si le Sunny Side of the Doc devenait l’une des plaques tournante de la production numérique et des créations immersives ? Christophe Salomon, chargé de développement Francophonie et Numérique de PiXii, la section numérique du Sunny Side, nous parle des installations numériques sélectionnées cette année. A ses yeux, la production numérique, des podcasts à la réalité virtuelle et augmentée, entre dans une phase de maturité, grâce notamment à l’arrivée en force d’un nouvel acteur : les musées.

le Blog documentaire : Vous avez lancé cette année un appel à projets d’installations interactives, une première pour PiXii qui a maintenant trois ans d’existence. Qu’est ce qui vous a amené à cette initiative ?

Christophe Salomon : Depuis 3 ans, à PiXii [Parcours Interactif d’eXpériences Immersives et Innovantes, NdA], nous avons voulu créer les condition d’une rencontre entre le monde de production audiovisuelle et numérique d’un côté, et les lieux de culture (musées, centres culturels, zoo, etc.) de l’autre. Nous avons compris que ces acteurs avaient du mal à se parler, à collaborer pour faire naître des projets. Lors de la première édition de PiXii, nous avons invité des musées de la région ; l’année suivante, des musées nationaux. Cette année, ce sont plus de trente musées internationaux qui ont fait le déplacement, comme le MET de New York ou la Galerie K11 de Hong Kong.

Quelle ligne éditoriale avez-vous suivie à l’heure de sélectionner les projets ?

Il existe déjà plusieurs festivals de réalité augmentée et virtuelle, souvent axés sur la technologie. Ce qui nous intéresse de nôtre côté, ce sont avant tout les histoires que l’on peut raconter et les thèmes que l’on peut aborder grâce à ces technologies. Nous sommes un marché du documentaire, nous voulions des installations numériques qui reprennent les codes et les valeurs du documentaire. Elles devaient apprendre quelque chose, s’appuyer sur des histoires vraies, des histoires fortes. On retrouve dans notre programmation toutes les grandes familles du documentaire : l’histoire, les arts et la culture, les sciences, l’écologie, la vie animale.

Mais nous voulions aussi ouvrir aussi notre sélection à de nouveaux acteurs. Nous connaissons évidemment certains producteurs de longue date, mais nous avons voulu inviter des producteurs émergents. Nous voulions enfin que PiXii représente la grande diversité du digital ; pas seulement de la VR ou de l’AR, mais aussi des applications, des jeux, des parcours sonores, etc.

© Sunny Side

Le Sunny Side entend-il ainsi jouer un rôle dans la consolidation de ce marché ?

Oui. Le production numérique, particulièrement dans le domaine des expériences immersives, a jusqu’ici constitué un embryon de marché, que les producteurs complétaient souvent par de la prestation de service en direction de marques ou d’institutions. Nous faisons le pari qu’un véritable marché est en train de se structurer. Qui plus est, et cela nous intéresse au premier chef, ce marché se développe à nos yeux selon des logiques qui nous sont familières : celles de la production cinématographique classique.

Si on parle de réalité virtuelle, chacun sait qu’elle ne s’adresse pas aujourd’hui au consommateur dans son salon. Nous voyons émerger une exploitation de type cinéma, et non une exploitation de type télévision. Nous assistons au développement de salles spécifiques pouvant accueillir des installations de réalité virtuelle ou des projections de vidéos immersives. On songe à des centres dédiés comme Centre Phi de Montréal. Mais au-delà, tous les grands musées, que ce soit le Louvre ou le MET, sont en train d’ouvrir des espaces de ce type. La logique d’exploitation qui émerge est : « Je me rends dans un lieu pour vivre une expérience ».

Comme un film, ces expériences peuvent voyager. Et elles peuvent être co-créées, co-produites et co-distribuées : le fameux CoCoCo qui prévaut dans la production audiovisuelle. Bref, le modèle industriel de l’audiovisuel est en train de s’imposer au secteur de la production immersive. De fait, les plans de financement sont très divers : des chaînes, des musées (voir les ARTE Trips, la série d’ARTE sur la peinture, à la confluence d’une chaîne de télévision, de musées comme celui d’Orsay, avec le CNC, des régions, etc.). On retrouve là le « modèle d’affaire » du documentaire audiovisuel, comme disent les québécois.

Comment voyez-vous le rôle des musées dans ce modèle émergent ?

La première année, les musées sont venus à PiXii pour voir. La deuxièle année, ils sont venus pour co-produire. De gros projets commencent à voir le jour, parmi lesquels je citerai Opération Pompéi, résultat d’un partenariat entre le Grand Palais, Gédéon et France Télévisions ; soit un dispositif pluri-média : du 52 minutes, une expo VR immersive muséale et des podcasts. Le marché est en train de se structurer.

Propos recueillis par Xavier de la Vega

Grand prix PiXii 2019Claude Monet, l’obsession des nymphéas
Produit par : Lucid Realities, France
Réalisé par: Nicolas THÉPOT

> Les nouveaux territoires de la création documentaire <

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