Treizième soirée des « Primeurs » du Blog documentaire ce 9 avril, toujours organisée avec notre partenaire, le cinéma Videodrome 2 à Marseille. Chaque deuxième dimanche du mois, les Primeurs proposent, avec le soutien d’ARTE Actions Culturelles, des films récents, issus de festivals ou en avant-première.

Filmé depuis de grands hôtels utilisés par les reporters de guerre pendant des conflits, « Hôtel Machine » d’Emanuel Licha avait attiré notre attention lors de l’édition 2016 de Cinéma du Réel, pour lequel le film concourait dans la compétition française. Impressionnant travail plastique visant à dépeindre un hôtel comme un organisme vivant, le film constitue une proposition esthétique singulière où le travail du son tient une place prépondérante. Cela tombe bien puisque c’est l’ingénieur du son du film, François Waledisch, qui sera présent pour discuter avec vous au terme de la projection. Rendez-vous donc au Videodrome 2 ce dimanche 9 avril à 19 heures. Venez nombreux !

Ceux qui s’attendent à une enquête journalistique sur les hôtels de guerre sortiront à la fois déroutés et fascinés de la projection d’Hotel Machine. Car si l’on croise reporters de guerre et fixeurs dans ce méta-hôtel filmé par Emanuel Licha, le film établit avant tout un relevé de sensations, d’ambiances et d’instants suspendus qui inscrivent le film dans le registre de la symphonie visuelle et sonore, aux antipodes d’un traitement naturaliste. Tant et si bien que les hôtels filmés (à Sarajevo, à Beyrouth ou à Kiev) se fondent tous dans une seule et même entité, qui maintient à distance le réel pour en saisir des signaux infimes. Le regard dans le vague d’un employé, la précision d’une découpe en cuisine, la disposition des chaises ou des casques d’écoute : l’hôtel, refuge de ses prestigieux hôtes reporters, se donne à voir comme un ensemble de rouages mécaniques, comme un système organique. Les être humains sont mis à distance, à l’image des reporters de guerre (dont Patrick Baz et Rémy Ourdan), interrogés via Skype et comme déréalisés dans le petit cadre d’un téléphone portable tenu en main par un fixeur filmé dans l’hôtel. Quant au personnel de l’hôtel, il constitue les maillons d’une machine, dépersonnalisés par le traitement cinématographique de l’espace.

Portée par une citation de Kafka (« Regardez cette machine. Jusqu’à récemment, il fallait l’actionner à la main, mais elle fonctionne maintenant toute seule. C’est un appareil remarquable.« ) et par la rigueur de cadres magnifiquement composés, la réalisation construit une étrangeté dans chaque objet, dans chaque geste, dans chaque son. Dans Hôtel machine, l’hôtel de guerre est un non-lieu par excellence, bruissant de mouvements mais comme imperméable à la vie elle-même. Le travail photographique des plans rend avec davantage d’épaisseur encore cette sensation cotonneuse qui donne la dimension plastique au film. Le son, lui, est d’une richesse inépuisable : tension entre le dedans et le dehors, ronronnement grave des machines, mélodie des cliquetis de téléphones… jusqu’à l’évidente référence à Playtime de Jacque Tati dans le bruit des portes et la sensation de désynchronisation du son. Dans sa composition, le film propose une expérience davantage qu’un discours, laissant les sens emplis d’images et de sons qui ouvrent l’espace à l’imaginaire autant qu’à la réflexion.

Hôtel Machine, un film d’Emanuel Licha, produit par Patrice Nezan (Les Contes Modernes) et Emanuel Licha.

2016 – 67 minutes

Projection le dimanche 9 avril à 19 heures en présence du réalisateur
Videodrome 2
49 cours Julien
13006 Marseille
Entrée est à prix libre + adhésion indispensable de 3 euros à Vidéodrome 2 pour l’année 2017.

Les Primeurs est un événement mensuel imaginé par Le Blog documentaire et Vidéodrome 2, avec le soutien d’ARTE Actions Culturelles.

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